À travers les branches d’un arbre

Synopsis

Un terrain vague aux abords d’un ville. Pierre redécouvre la mémoire de son père disparu en reportage au lointain. Une tentative d’accès direct au domaine du Sensible, dans l’ouverture d’un regard qui rapproche l’ailleurs…

Pour redécouvrir son père disparu en reportage dans un pays lointain, Pierre, un homme sans âge, tente un ultime rapprochement. Serré dans sa chemise d’enfant, l’appareil photo de son père au cou, il se rend avec sa soeur Sofia aux abords de la ville, sur un immense terrain vague que jadis son père l’emmena photographier.
À travers une voix sur dictaphone et des portraits d’enfants de la guerre, s’ébauche un échange avec ce père par-delà le temps et les distances. Au gré des lieux et des rencontres, Pierre ouvre son regard et rapproche l’Autre au loin.

Propos du réalisateur

Il fallait élargir cette relation au père absent à un niveau plus communautaire: c’est l’Autre éloigné dont le visage nous parvient par la presse, au travers de photographies de reportage prises dans des régions en désarroi. Cette recherche d’un lien (un fils et son père reporter, en un temps et espace décalés) s’ouvre donc sur un questionnement: son rapport à l’autre, à l’Etranger, à l’Autre ailleurs.
Par l’expérience sensorielle et intérieure d’êtres traversés par des intensités, au travers d’une nature de terrain vague avec son mystère, son histoire, sa texture, son climat, le film tente de révéler les liens entre un homme, les lieux de son errance et les victimes d’une guerre lointaine…
De l’indifférence à la lucidité en passant par la découverte de l’amour du père, son engagement, son ambiguïté, Pierre éprouve le pressentiment de l’ailleurs. Son terrain le mène au “regarder vrai”, à s’ouvrir au mystère de l’Autre. En dépassant son propre individu pour s’intéresser à l’autre dans sa différence irréductible, il lui sera donné d’agir, de voyager.

L’intrigue du film, simple au fond, laisse à cet univers refléter au mieux son épaisseur. Ce dépouillement crée l’espace nécessaire pour ouvrir à l’expérience du Sensible. La réalité commence à nous parler autrement quand on se décale et qu’on la ré-interprète dans une vision, une re-création, plutôt que dans la simple copie du réel. C’est là que peut se révéler une autre dimension.

Comment pouvoir s’ouvrir -du moins ne pas se fermer- à ceux que l’information quotidienne rapproche de nous tout en les éloignant, puisqu’une “information” sans possibilité de réaction concrète tendrait à la longue à nous rendre insensibles ?

C’est de notre attitude face à l’information dont il est question. L’expérience du regard, d’un cadrage, d’une musique des sons simples, nous rend le désir d’éprouver autrement l’ampleur du quotidien. Le film tente, dans ses moyens simples, de contribuer à soulever une autre conscience pour le reste du monde auquel nous sommes reliés, procure une énergie « à encaisser » plus qu’un message.